En 2003, après La Terre vue du ciel,
Yann Arthus-Bertrand a lancé avec Sibylle d'Orgeval et Baptiste Rouget-Luchaire le projet "6 milliards d'Autres". 5.000 interviews ont été filmées dans 75 pays par 6 réalisateurs partis à la rencontre des Autres.
Du pêcheur brésilien à la boutiquière chinoise, de l'artiste allemande à l'agriculteur afghan, tous ont répondu aux mêmes questions sur leurs peurs, leurs rêves, leurs épreuves, leurs espoirs :
Qu'avez-vous appris de vos parents ?
Que souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?
Quelles épreuves avez-vous traversées ?
Que représente pour vous l'amour ?...
Une quarantaine de questions essentielles permettent ainsi de découvrir ce qui nous sépare et ce qui nous lie. Ces portraits de l'humanité d'aujourd'hui, sont accessibles sur le site
www.6milliardsd'autres.org
Tout est parti d’une panne d’hélicoptère,
un jour, au Mali. En attendant le pilote, j’ai discuté avec un villageois une journée entière. Il m’a parlé de son quotidien, de ses espoirs, de ses craintes : sa seule ambition était de nourrir ses enfants.
Interrompu dans mon travail pour un magazine, je plongeais dans les soucis les plus élémentaires. Et il me regardait droit dans les yeux, sans plainte, sans demande, sans ressentiment. J’étais parti photographier des paysages, j’ai été captivé par ce visage, par sa parole.
Par la suite en survolant la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », je me demandais souvent ce que je pourrais apprendre des hommes et des femmes que j’apercevais en dessous de moi. Je rêvais de pouvoir entendre leur parole, sentir ce qui nous lie. Car vue d’en haut, la terre apparaît comme une étendue immense à partager.
Mais dès que je me posais au sol, les problèmes commençaient. Je me retrouvais confronté à la rigidité des administrations de chaque pays, et surtout à la réalité des frontières instaurées par les hommes, symbole de cette difficulté de vivre ensemble.
Vivre ensemble…
Nous vivons une période incroyable. Tout va à une vitesse folle. J’ai soixante ans et quand je pense à la façon dont vivaient mes parents, c’est à peine croyable. Nous avons aujourd’hui à notre disposition des outils de communication extraordinaires : on peut tout voir et tout savoir, et la masse d’information en circulation n’a jamais été aussi grande. Tout cela est très positif. L’ironie c’est qu’en même temps, nous connaissons toujours aussi peu nos voisins. Aujourd’hui, pourtant, la seule démarche possible c’est d’aller vers l’Autre. Le comprendre.
Car dans tous les combats à venir, que ce soit la pauvreté ou les changements climatiques, on ne pourra plus agir seuls. Le temps où l’on pouvait se permettre de ne penser qu’à soi, à sa communauté restreinte est fini. Désormais, nous ne pouvons ignorer tout ce qui nous lie et les responsabilités que cela suppose.
Nous sommes plus de six milliards sur Terre,
et il n’y aura pas de développement durable si nous n’arrivons pas à vivre ensemble. C’est pourquoi « 6 milliards d’Autres » me tient à cœur. J’y crois parce qu’il concerne chacun d’entre nous, et parce qu’il est une incitation à agir. J’espère que chacun aura envie à son tour de faire ces rencontres, d’écouter l’Autre, et faire vivre « 6 milliards d’Autres » en ajoutant son témoignage pour exprimer l’envie de vivre ensemble.
wemake